Le casque obligatoire, réel intérêt ou frein au développement du vélo ?

Les débats ayant fait rage autour du port obligatoire du casque à vélo, notamment dans le cadre de la loi mobilités, il est parfois difficile de s'y retrouver entre les différents arguments. Il existe de l'incompréhension et de la confusion autour du port du casque à vélo, tâchons d'y voir plus clair ensemble.

La législation en France

S'il existe des obligations en matière d'équipement du vélo (sonnette et éclairage fonctionnel), le casque n'est pas obligatoire en France (sauf pour les enfants de moins de 12ans). Il est néanmoins "fortement recommandé".

Législation sur le casque à vélo

Le casque protège

Il y a eu de nombreuses études sur le sujet. L'une des études ayant souvent été citée était une meta-étude qui avait été produite en Australie dans un contexte de recherche d'arguments pouvant supporter l'obligation du port du casque à l'échelle nationale. Cette étude concluait que le port du casque réduisait significativement le risque de blessure à la tête (-60%) et au cerveau (-58%), ainsi que le risque de blessure mortelle (-73%).

Le casque à vélo est-il utile ?

Il a toutefois été prouvé que cette étude comportait des défauts, et celle-ci a été revue et complétée par un chercheur Norvégien. Il conclut de sa ré-analyse que les résultats initiaux ont été gonflés par un biais de publication (lié au contexte et à la motivation des chercheurs) et un biais lié la période des études qui n'a pas été corrigé. Un élément intéressant à retenir de cette ré-analyse est que les effets positifs du casque étaient supérieurs dans les études plus anciennes, traduisant ainsi que les casques plus récents protègent probablement moins bien.

Citons également une étude publiée en 2013 portant sur des données françaises de 1998 à 2008, y compris après l'apparition des casques vélo plus légers. Il en ressort une réduction des blessures à la tête de 31%, une réduction des blessures graves à la tête de 70%, et une réduction des blessures au visage de 28%. Quant aux blessures à la nuque, l'effet n'est pas statistiquement significatif.

Penchons-nous enfin sur une étude plus récente, datée de 2016. Il s'agit d'une étude australienne qui a consisté en une meta analyse d'études, chacune à la méthode jugée fiable et vérifiée par des pairs indépendants. La meta-analyse inclut en définitive 40 études, soit 64 000 points de données. Les résultats sont les suivants :

L'efficacité du casque vélo en matière de protection de la tête.
- Jake Olivier and Prudence Creighton, 2016 -
On constate ainsi que le casque permet de réduire drastiquement les blessures à la tête, notamment de l'ordre de 65% pour les blessures mortelles ! Quant au vieux mythe qui voudrait que le casque augmente fortement les occurences de blessure à la nuque, il n'est pas fondé, car on constate assez peu d'influence du casque.

En conclusion, pour un individu donné, le port du casque présente un intérêt fort en matière de protection. Voyons toutefois s'il existe des effets négatifs au port du casque.

L'impact du port du casque sur les comportements

Des chercheurs se sont intéressés aux différentes interactions cycliste/automobiliste, lorsque le cycliste porte un casque ou non. Tout d'abord, un des effets négatifs induit par le port du casque est externe au cycliste et concerne les automobilistes avec qui il partage la route. En effet, une étude publiée en 2007 a constaté que lorsque le cycliste porte un casque, les voitures le dépassent en moyenne 8,5cm plus proche que s'il n'en portait pas. Il est à noter que cette étude a été remise en cause par une autre, au motif que malgré une éventuelle proximité plus importante, les véhicules restaient au-delà de 1 mètre des cyclistes. Une réponse a été apportée à cette critique dans un second article par l'auteur de l'étude initiale, qui maintient son résultat. Il ressort tout de même de l'ensemble de ces éléments que les conducteurs de voiture se comportent différemment en fonction de l'allure du cycliste. Tout d'abord, ils semblent estimer la capacité du cycliste à rester droit dans sa ligne en fonction de son apparence. De plus, il peut leur arriver de considérer le casque comme une protection forte pour le cycliste, réduisant leur marge de prudence à l'égard de ce cycliste.
Un autre argument souvent avancé, est le faux sentiment de sécurité conduisant au comportement dangereux et à l'imprudence. Cependant, une méta-analyse publiée en 2019 affirme que cette modification du comportement n'est pas scientifiquement prouvée.

Les effets d'une obligation globale du port du casque

Il a été observé dans les cas où le casque a été imposé, que cette action a réduit le nombre de cyclistes. En outre, l'obligation du port du casque renvoie l'image d'une activité dangereuse, ce qui peut freiner les nouveaux usagers éventuels du vélo à se lancer. Or il a été montré que le bénéfice pour la santé de faire du vélo est très fort et qu'il dépasse largement les effets néfastes, y compris en prenant en compte l'accidentologie. Nous y reviendrons plus longuement dans un prochain article.
De plus, il a été prouvé, notamment dans cette étude, que plus il y a des cyclistes, moins il y a de risques d'accident. L'effet est exponentiel, et se quantifie ainsi : si on double le nombre de cyclistes, on réduit de 34% le nombre d'accidents ; à l'inverse, si on diminue par deux le nombre de cyclistes, on augmente de 52% le risque d'accident. Une méta-analyse plus récente confirme également ce point.

Finalement, pour ou contre le port du casque ?

En somme, le casque présente un intérêt à titre individuel pour la protection. Toutefois, une éventuelle obligation globale du port du casque pour les cyclistes, comme il a un temps été évoqué dans la loi mobilité, aurait probablement un effet négatif sur la sécurité globale. Enfin, en matière de sécurité, le port du casque reste un sujet mineur par rapport à l'amélioration des infrastructures et au développement du cyclisme. Citons l'exemple de villes telles que Amsterdam ou Copenhague, où le risque d'accident pour les vélos est parmi les plus faibles d'Europe alors que le port du casque y est très peu répandu. Paris est aussi sur le bon chemin avec la multiplication des infrastructures cyclables qui améliorent grandement la sécurité des usagers cyclistes.

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